Ile de La Réunion, apprends-moi ton métissage

Il est toujours délicat de s’exprimer sur la culture d’un territoire sans en connaître son contexte, son histoire comme son futur. Ici, je ne vous raconterai pas le passé, parfois sombre, de celle qu’on appelait avant Île Bourbon. Je n’en ai ni le savoir, ni la légitimité, je pense.

C’est un atout souvent utilisé par les agences et offices de voyage. « Terre de métissage », « carrefour des cultures »,  sont des expressions qu’on utilise assez régulièrement pour définir de nombreuses destinations. Pour faire un peu de mauvais esprit, je vous glisserai que c’est vendeur le métissage car ça exprime le dépaysement, la culture, la découverte. Et ça, pour un voyageur, c’est le top.

En revanche, La Réunion, l’île métisse, n’a certainement pas volé ce qualificatif.  Loin de là. Pour moi, elle est le symbole même d’une terre de métissage. Réellement et sans faux semblants. Le métissage, ici, se vit au quotidien. D’autant plus qu’il est, ici, en adéquation avec la République Française et ses valeurs.

Et si finalement, ce minuscule caillou, avait un peu à apprendre à nos amis métropolitains ?

Je suis Zoreys, et vous ?

Autant vous dire, les premiers jours, vous ne comprendrez rien aux différentes communautés de l’île. Soyons francs. Tout ceci vous perdra complètement. Car, ici, comme le métissage est sans pareil, il est assumé. A la différence parfois du territoire métropolitain, ici, on a conscience de cette diversité et on en est (pas peu) fiers. L’île est la définition même du vivre-ensemble et a pris le parti d’assumer cette diversité. Plus facile, c’est certain, lorsque l’origine même du peuplement de La Réunion provient de ce métissage.

Ce vivre-ensemble s’affirme ainsi plus facilement, puisqu’ici, personne ne pourra proclamer que ses ancêtres étaient les premiers de l’île et ne pourra affirmer ainsi un quelconque privilège grâce à l’histoire. L’île était inhabitée avant sa colonisation. C’est une différence fondamentale avec d’autres pays colonisés.

Alors, c’est sans mauvaise interprétation ou esprit caricatural, que les Réunionnais vont ainsi se définir entre eux, de Caf, de Malbar. Ils vont vous parler de Zoreys Land, ou encore de Yab. Ces communautés, aussi diverses soient-elle, portent en elle, l’histoire même de La Réunion. Les différentes périodes de son passé, même parfois obscures, sont présentes dans la tête de chacun.

Pour un petit guide pratique des différents visages de l’île, le site de l’IRT a regroupé la définition de chacun :

« Les visages réunionnais d’aujourd’hui, métissés pour la plupart, portent cette histoire. Ils sont familièrement qualifiés de :

– cafres : descendants d’esclaves ou de travailleurs engagés africains et malgaches ;
– zarabs : Indiens musulmans, qui ont en commun avec les Arabes la religion ;
– malbars : descendants des travailleurs engagés du sud de l’Inde ;
– zoreys : Français de métropole (le Français est dur d’oreille dès qu’on lui parle une autre langue que la sienne !) ;
– chinois : Réunionnais d’origine chinoise et peu métissé.
– yab, ou « petit Blanc des Hauts » : descendants des colons les plus modestes repoussés vers les Hauts de l’île dans la deuxième moitié du XIXe siècle. »

Plus clair déjà non ?  Cette diversité et ce métissage ne doivent pas faire l’impasse sur leurs origines c’est certain. Oui, à La Réunion, des droits humains ont été bafoués, l’esclavage fait partie de son histoire et de son identité. Un passé douloureux qui a pris fin en 1848 et  que chaque année, les réunionnais célèbrent lors de la fête Kaf », le 20 décembre. Un  jour férié dans l’ensemble du département et l’occasion de célébrer cette liberté et le métissage réunionnais.

L’Express rédigeait en 2004, un article très précis et bien rédigé sur l’histoire de La Réunion et les conséquences que l’on constate encore aujourd’hui, l’héritage des grandes familles qui possédaient tout, jusqu’aux hommes, à sa traduction aujourd’hui dans le paysage politique de l’île. Un article précieux à retrouver ici.

Le banian est l’un des symboles du vivre-ensemble à La Réunion. Le plus important de l’île est planté sur le rond-point de la ville du Port.

Concrètement, le métissage à La Réunion, ça change quoi ? 

Tout. Oui, ce métissage change tout. Dans votre approche à l’autre, dans l’ouverture culturelle que l’île vous apporte, la diversité des moeurs, des religions, de la cuisine, le tout dans un microcosme insulaire.

Votre quotidien, ici, est alors rythmé en partie par les nombreuses célébrations culturelles de l’île. Nouvel An chinois, Dipavali, Fête de Pandialé ou marche sur le feu, Nouvel An Tamoul, le Carème Hindou comme chrétien… autant de cérémonies et de fêtes qui ont une place dans le rythme de vie à La Réunion. Par exemple, le Nouvel An chinois aura une traduction concrète dans votre quotidien, certains acteurs de la vie économique de l’île étant fermés à cette période.

Ensuite, ce métissage est accessible et s’offre à vous constamment. Vous pourrez ainsi vous extasier devant le temple Tamoule du Parc du Colosse à Saint-André et quelques minutes après, apprécier les nombreux reliefs de l’Eglise de Sainte-Anne. Entendre l’appel à la prière de la mosquée de Saint-Denis tout en marchant sur les restes des pétards allumés devant les magasins chinois de Saint-Denis lors d’un précédent Nouvel An.

Vous pouvez assister à une impressionnante cérémonie Cavadee ( la blogueuse, lapetitecréole.re vous en parle juste ici) et filer ensuite découvrir la plus vieille mosquée de France à Saint-Denis.

Vous pourrez découvrir des groupes de gramounes, portant des tenues traditionnelles très différentes, partager la même terrasse de café ou le bout de marche à l’ombre. C’est anecdotique pour ici. Mais à bien y réfléchir, c’est peu visible ailleurs.

Concrètement, c’est ça le métissage à La Réunion.

C’est aussi, une autre manière de consommer et de travailler. Comme j’en parlais dans mon article sur le bilan des 7 mois sur l’île, chacun vient aussi avec sa propre culture du travail, de consommation, de cuisine.

Quel point commun entre toutes ces communautés ?

La DODO ! Plus sérieusement, la fierté d’une culture multiple, d’une terre qui fascine. L’amour du débat, du partage, de l’échange comme en témoigne le succès de la radio Freedom, écoutée autant qu’elle est amusée de tous. Le créole, langue qui passe outre les différentes cultures et qui est pratiquée par tout le monde ici, peu importe sa culture ou sa communauté. Une façon de vivre propre à l’île, valorisant les grandes tablées, les grands pique-niques du weekend.  Sa musique, son Maloya, qui peine à rayonner dans le monde comme peut le faire la musique antillaise.

Sa cuisine est ainsi à l’image de sa culture. Elle est diverse. Vous n’imaginez pas le nombre de caris différents qui existent. Tous, cependant, se cuisinent à partir des mêmes ingrédients, comme les fondations d’une culture commune. Un assemblage de tomates, d’oignons, d’ail, de thym, de curcuma et de gingembre, un appétissant métissage…

Rajoutez à ça les bouchons (d’origine chinoise), les bonbons piments (d’origine Zarabs il me semble) et les évolutions successives de sa cuisine au fil des années, avec des inspirations asiatiques, africaines, européennes…

C’est peut-être ça finalement, la recette du vivre-ensemble à La Réunion.  Alors, on passe à table ?

 

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